Le 9 septembre, un Français a reçu le prix qui annonce souvent un Nobel.
Sa découverte vient de donner un médicament. Et elle pose une question plus large : peut-on réduire notre besoin de sommeil ?
Un Français primé pour avoir trouvé la cause de la narcolepsie
Emmanuel Mignot, chercheur à Stanford, partage le prix Lasker 2026 avec le Japonais Masashi Yanagisawa.[1]
La narcolepsie, c'est cette maladie où l'on s'endort d'un coup, en pleine journée.
En 1999, Mignot remonte la piste chez des chiens narcoleptiques. Yanagisawa, lui, venait de découvrir une molécule du cerveau : l'orexine. Les 2 pistes se rejoignent. Chez l'humain, la narcolepsie de type 1 vient d'un manque d'orexine.[1]
27 ans plus tard, cette découverte a donné le 1er médicament qui traite la cause. L'oveporexton, de Takeda, imite l'orexine. Il a été approuvé aux États-Unis en août 2026.[2]
L'orexine, c'est quoi ?
C'est le neuropeptide qui vous tient éveillé.
Quand il manque, le cerveau bascule dans le sommeil sans prévenir.[1]
Mais l'inverse existe. Certaines personnes portent une mutation du gène DEC2, qui freine moins la production d'orexine. Elles dorment 4 à 6 h par nuit, et ça leur suffit.[3]
Quand on reproduit cette mutation chez la souris, elle produit plus d'orexine et dort moins.[3]
Trump dit dormir 4 h, son médecin parle de 4 à 5 h.[4] Macron est connu pour dormir très peu.[5] Ils font peut-être partie de ces « short sleepers ». Rien ne le prouve, mais la question se pose.
Lilly mise 6,3 milliards sur l'orexine
Lilly, c'est le labo américain derrière Mounjaro, l'un des GLP-1 les plus vendus.
En 2026, il rachète Centessa, une biotech qui développe des molécules activant le récepteur de l'orexine : 6,3 milliards de dollars d'emblée, jusqu'à 7,8 milliards au total.[6]
Sur le papier, c'est pour traiter la narcolepsie et d'autres troubles où l'on dort trop.[6]
Mais 6 milliards pour une maladie rare ? Le marché visé est ailleurs.
Un GLP-1 du sommeil ?
Le GLP-1 est né pour le diabète, puis l'obésité. Aujourd'hui, 1 adulte américain sur 8 en prend, soit environ 30 millions de personnes, parfois sans pathologie.[7]
Maintenant, imaginez la même trajectoire pour une molécule qui fait passer vos nuits de 8 h à 4 h.
De 20 à 80 ans, vous gagneriez 10 ans de vie éveillée.
Reste à prouver l'essentiel. Ces molécules gardent éveillé, mais personne n'a montré que 4 h récupèrent autant que 8.
Le pari est lancé.
Sources
- Lasker Foundation, Orexin, a brain peptide that maintains wakefulness, prix Albert Lasker de recherche médicale fondamentale, 2026.
- Takeda, FDA Approves ORZEYFUL for Adults With Narcolepsy Type 1, communiqué, 5 août 2026.
- Hirano, A. et al., DEC2 modulates orexin expression and regulates sleep, PNAS, 2018.
- Global News, Donald Trump sleeps 4-5 hours each night, janvier 2018.
- Le JDD, Emmanuel Macron, un président qui dort peu.
- Eli Lilly, Lilly to acquire Centessa Pharmaceuticals to advance treatments for sleep-wake disorders, communiqué, 31 mars 2026.
- KFF, Poll: 1 in 8 adults say they are currently taking a GLP-1 drug, novembre 2025.
Information générale, pas un conseil médical. Les molécules qui réduiraient le besoin de sommeil chez des personnes en bonne santé n'existent pas à ce jour.